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Mon Fils...

 

Si tu peux regarder, au fond des yeux, la mort,
comme tu regardais la vie dans ta jeunesse,
si tu peux pardonner aux vieux maux de ton corps,
sans rancune, colère, amertume ou détresse,

Si tu peux, sans faillir, garder l'ami intime,
si tu peux supporter d'être en bas comme en cime,
t'émouvoir et pleurer, sans détourner les yeux,
supporter la jeunesse et conforter les vieux,

Si tu peux vivre en roi dans le corps d'un esclave,
ne point meurtrir le faible et t'avilir au fort,
rester devant l'honneur lucide et sans entraves,
être de chaque endroit sans dépendre d'un bord,

Si tu peux résister au gain des jeux serviles,
comme à ceux de la chair, privée de tout Amour,
et voir en un instant un passé qui vacille,
inflexible, en tes pas, d'en souhaiter le retour,

Si tu peux être grand, sans rabaisser les autres,
si tu peux les Aimer, confronté à leurs fautes,
défendre l'orphelin, et la veuve éplorée,
donner ta vie, s'il faut, pour une autre sauver,

Si tu peux rester pur dans l'antre perverti,
réconforter les pleurs, en comprenant les larmes,
rester calme et serein, quand tout s'anéantit,
ne point trembler de peur, sentant l'odeur des armes,

Si tu peux rester "clair", malgré le poids des ans,
conscient du "Point" final, sans dévier tes pas,
et garder la mesure aux sons formant ta voix,
au registre d'un "Juste" en le cœur d'un enfant,

Si tu peux te vêtir des nudités des autres,
et leur tendre la main, pour les rendre "premiers",
sans t'ériger en dieu, dans la peau d'un apôtre,
et repartir un jour, comme tu étais né :

Alors mon fils, nanti du "Pouvoir" de la Terre,
Intime, en sa nature à te prendre au sérieux,
l'Amour, dans une main, et dans l'autre, les cieux,

Homme ! Venant d"Ailleurs", Je te nommerai... : "Père !"